« Son nom est Rose et le bleu est sa couleur préférée. Mais bien sûr un lion n’est pas bleu. Rose le savait bien sûr un lion n’est pas bleu mais le bleu était sa couleur préférée. » (page 67)
Le Monde est rond (The World is Round) de Gertrude Stein a été publié pour la première fois en 1939, à New York, imprimé en caractères bleus sur des pages roses, dans une édition illustrée par Clement Hurd. C’est le premier (et sans doute le seul) texte cubiste pour enfants.
Le nom de Gertrude Stein a longtemps été associé à celui de Pablo Picasso. L’apport aux arts de cette écrivaine féministe qui aimait s’endormir dans les musées pour s’éveiller parmi les tableaux, ne consiste pas seulement à avoir découvert les grands peintres du XXème siècle que sont Picasso, Matisse ou encore Cézanne.

- Portrait de Gertrude Stein par Pablo Picasso, 1905-1906, Metropolitan Museum of Art

- Illustration de Clement Hurd pour l’édition originale de 1939
Pour la peintre Aurélie Nemours [1], le rythme chez Stein est essentiel, car c’est le rythme qui crée la forme. Selon elle, ce rythme aurait pour origine le scat, non pas dans sa forme popularisée par les chanteurs de jazz au XXème siècle, mais dans celle primitive, originelle, qui, pour Aurélie Nemours, confère à l’écriture de Stein une dimension métaphysique.
Si l’on ne peut que se réjouir de cette édition qui permet de (re)découvrir en poche ce beau texte de Gertrude Stein, on peut toutefois regretter le manque d’originalité de l’ouvrage dans sa confection bien trop sage, alors que l’édition originale en grand format, conçue par les éditions Esperluète en 2011, était taillée pour que l’œil du lecteur et de la lectrice passe à travers le livre grâce au rond découpé sur les deux couvertures, l’une ouvrant sur la version française, l’autre anglaise, ce qui matérialisait en quelque sorte la langue même de la poétesse – livre-objet / objet-livre – qui joue et déjoue, construit et déconstruit dans ce conte notre rapport au monde et aux choses par les mots.